Migrations acadiennes

Gregory Kennedy (Université de Moncton)

L’auteur propose d’étudier les migrations en Acadie à travers trois thèmes : la mobilité de la société de l’Acadie coloniale avant 1755, les migrations associées avec l’industrialisation et l’urbanisation à la fin du XIXe siècle dans le comté de Kent, Nouveau-Brunswick, et les parcours des soldats acadiens de la Première Guerre mondiale. Les thèmes sont liés à différents projets déjà en cours à l’Institut d’études acadiennes et il s’agit donc de synergies permettant de mieux utiliser les ressources financières, l’expertise d’une équipe de chercheurs et de produire de nouvelles connaissances quant à la mobilité acadienne à la lumière des bases de données déjà établies ou en voie de création.

Le premier thème concernant le comté de Kent à la fin du XIXe siècle s’inscrit dans une abondante historiographie sur les migrations francophones en milieu urbain et aux États-Unis à l’époque de l’industrialisation. Si les historiennes et historiens de l’Acadie sont conscient depuis longtemps de l’importance de ce phénomène, les études jusqu’à maintenant manquent de précision sur le taux de mobilité et les conséquences des migrations par rapport à la démographie locale. Le travail de quantification des migrations ainsi que l’étude de son importance dans la longue durée que nous proposons constituent une contribution majeure à ce domaine de recherche. L’originalité se trouve également dans la méthode d’analyse longitudinale à partir de différents fonds d’archives. Avec Maurice Basque, Gregory Kennedy entamera une étude comparative de la région de Kent et celle de la péninsule acadienne.

Le second thème s’avère novateur de par son objectif d’examiner les parcours des soldats acadiens avant et surtout après la Première Guerre mondiale. En effet, la participation des soldats acadiens à ce conflit est très peu connue et Gregory Kennedy prépare présentement un livre consacré à cette question. Le but ici est donc de profiter de la base de données de 1300 soldats acadiens constituée au cours des cinq dernières années, afin d’étudier davantage la mobilité en rapport avec la transition de l’après-guerre. Qui plus est, d’autres chercheurs associés avec le partenariat travaillent sur les soldats francophones de la Première Guerre mondiale, ce qui permet d’envisager la possibilité de produire un texte d’envergure comparative des cohortes acadienne, québécoise et possiblement franco-ontarienne et franco-manitobaine.

Enfin, si les conséquences du Grand Dérangement à partir de 1750 sont assez bien connues, on continue de supposer que la société coloniale acadienne d’avant 1750 était stable et homogène. Kennedy propose de reprendre son travail et ses bases de données réalisés dans le cadre de son ouvrage Something of a Peasant Paradise? Comparing Rural Societies in Acadie and the Loudunais, 1604-1755 (McGill-Queen’s University Press, 2014) afin d’analyser systématiquement pour la première fois les migrations des familles acadiennes avant 1755.