ACADIE


Ce projet est porté par Éva Guillorel (Université Rennes 2) en collaboration avec les deux collecteurs et chercheurs autonomes Robert Bouthillier et Vivian Labrie, ainsi que les chercheurs du programme « Trois siècles de migrations » travaillant sur l’Acadie, en particulier autour de Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton. Il implique également les Archives de folklore et d’ethnologie de l’Université Laval et les ressources du Centre interuniversitaire en études québécoises (CIÉQ).

Le projet est centré sur l’analyse des répertoires de tradition orale en Acadie, en particulier les chansons et les contes, et leur inscription dans les circulations culturelles des francophones d’Amérique. Le corpus de travail principal est la collection inédite réalisée dans la péninsule acadienne (autour de Tracadie) par Robert Bouthillier et Vivian Labrie entre 1974 et 1979. Il est complété par d’autres collections ethnographiques existantes et par une enquête complémentaire de terrain qui est réalisée parallèlement au projet de partenariat « Trois siècles de migrations ».

Il s’agit d’analyser le répertoire et ses circulations dans l’espace atlantique et au sein de l’espace nord-américain, en s’intéressant notamment à la diffusion de récits et de motifs littéraires entre France et en Amérique française depuis l’époque coloniale. Le choix d’un espace acadien est d’autant plus pertinent pour ce travail que les communautés interrogées ont conservé un très riche répertoire ancien, notamment de complaintes historiques

Il faudra également analyser la trajectoire géographique et historique des familles acadiennes auprès desquelles le répertoire a été recueilli, en s’intéressant en particulier à trois familles de Tracadie, et les mécanismes de transmission intergénérationnelle des traditions orales, en particulier au sein des trois familles, leur répertoire étant très bien  documenté sur trois, voire quatre générations grâce aux enquêtes ethnographiques répétées entre les années 1940 et aujourd’hui.

L’analyse sera finalement élargie à d’autres disciplines, i.e. linguistique et ethnomusicologie,  permettant d’aborder le corpus des traditions orales sous de multiples approches dans un projet profondément interdisciplinaire

L’originalité du projet repose sur plusieurs innovations méthodologiques, dont la valorisation d’un corpus ethnographique massif et inédit, qui constitue l’une des plus grosses collectes sonores réalisées en Amérique francophone. Cette valorisation passe par une édition critique du corpus (son, texte, photos) basée sur l’élaboration de supports numériques innovants. La conception de ces supports numériques est complexe, mais le projet est conçu comme un projet-pilote qui permettrait à l’issue de ce programme (et en lien avec d’autres partenaires et financements), un tournant numérique dans la mise à disposition des archives sur les traditions orales (dans un domaine où le Canada accuse un certain retard).

Une autre nouveauté réside dans le croisement disciplinaire associant une démarche ethnologique synchronique – par une analyse comparée des répertoires entre France, Acadie et, plus ponctuellement, d’autres espaces francophones d’Amérique – et une démarche historique diachronique – en étudiant les trajectoires des familles concernées sur le temps long. Aucun projet proposant une telle méthodologie n’a été réalisé auparavant.

Une dernière innovation méthodologique repose sur une forte implication des communautés acadiennes autour de Tracadie, en particulier les familles au sein desquelles ont été recueillis les répertoires. Ces familles ont été sollicitées pour documenter les biographies des informateurs et interrogées à la fois sur le regard qu’elles portent aujourd’hui sur cet héritage pluriséculaire, le devenir de ce patrimoine oral et l’état de la transmission du répertoire familial depuis trois générations.

Aucune édition et analyse aussi ambitieuse d’une collecte de cette ampleur n’existe pour le répertoire acadien (ni même pour d’autres répertoires francophones d’Amérique) : l’apport pour la connaissance des traditions orales acadiennes (et plus largement francophones d’Amérique) et de leurs circulations est donc essentielle. L’apport méthodologique dans la construction d’outils numériques permettant la mise en ligne future d’autres corpus en lien avec les traditions orales est aussi un des points forts du projet. Le projet touche une multiplicité de publics : universitaire dans plusieurs disciplines, réseaux associatifs de la francophonie internationale (qui sont très importants dans le monde de la chanson et du conte de tradition orale), communautés directement concernées par ces enquêtes.

L’auteur propose d’étudier les migrations en Acadie à travers trois thèmes : la mobilité de la société de l’Acadie coloniale avant 1755, les migrations associées avec l’industrialisation et l’urbanisation à la fin du XIXe siècle dans le comté de Kent, Nouveau-Brunswick, et les parcours des soldats acadiens de la Première Guerre mondiale. Les thèmes sont liés à différents projets déjà en cours à l’Institut d’études acadiennes et il s’agit donc de synergies permettant de mieux utiliser les ressources financières, l’expertise d’une équipe de chercheurs et de produire de nouvelles connaissances quant à la mobilité acadienne à la lumière des bases de données déjà établies ou en voie de création.

Le premier thème concernant le comté de Kent à la fin du XIXe siècle s’inscrit dans une abondante historiographie sur les migrations francophones en milieu urbain et aux États-Unis à l’époque de l’industrialisation. Si les historiennes et historiens de l’Acadie sont conscient depuis longtemps de l’importance de ce phénomène, les études jusqu’à maintenant manquent de précision sur le taux de mobilité et les conséquences des migrations par rapport à la démographie locale. Le travail de quantification des migrations ainsi que l’étude de son importance dans la longue durée que nous proposons constituent une contribution majeure à ce domaine de recherche. L’originalité se trouve également dans la méthode d’analyse longitudinale à partir de différents fonds d’archives. Avec Maurice Basque, Gregory Kennedy entamera une étude comparative de la région de Kent et celle de la péninsule acadienne.

Le second thème s’avère novateur de par son objectif d’examiner les parcours des soldats acadiens avant et surtout après la Première Guerre mondiale. En effet, la participation des soldats acadiens à ce conflit est très peu connue et Gregory Kennedy prépare présentement un livre consacré à cette question. Le but ici est donc de profiter de la base de données de 1300 soldats acadiens constituée au cours des cinq dernières années, afin d’étudier davantage la mobilité en rapport avec la transition de l’après-guerre. Qui plus est, d’autres chercheurs associés avec le partenariat travaillent sur les soldats francophones de la Première Guerre mondiale, ce qui permet d’envisager la possibilité de produire un texte d’envergure comparative des cohortes acadienne, québécoise et possiblement franco-ontarienne et franco-manitobaine.

Enfin, si les conséquences du Grand Dérangement à partir de 1750 sont assez bien connues, on continue de supposer que la société coloniale acadienne d’avant 1750 était stable et homogène. Kennedy propose de reprendre son travail et ses bases de données réalisés dans le cadre de son ouvrage Something of a Peasant Paradise? Comparing Rural Societies in Acadie and the Loudunais, 1604-1755 (McGill-Queen’s University Press, 2014) afin d’analyser systématiquement pour la première fois les migrations des familles acadiennes avant 1755.

Quelles sont les expériences des Acadiennes émigrantes au tournant du XXe siècle ? S’il est vrai que les mouvements de population sont surtout un phénomène familial, au cours des trois premières décennies du XIXe siècle, un nombre important et croissant de femmes adultes, célibataires et autonomes font l’expérience de la mobilité régionale, aux Maritimes, et transnationale, vers les États-Unis, et ce, sans être accompagnées de leurs parents. L’expérience de la mobilité géographique de ces femmes célibataires autonomes reste largement inexplorée par les chercheurs.

Cette étude s’intéresse à l’expérience migratoire de ces femmes célibataires vers les États-Unis au cours des premières décennies du XXe siècle. L’objectif est de constituer une base de données quantitatives et qualitatives qui permet d’étudier les effectifs de ces  femmes acadiennes, ainsi que leur expérience migratoire.

Depuis le milieu du XIXe siècle, l’émigration vers les États-Unis constitue un phénomène de première importance dans l’ensemble des Provinces maritimes. Les transformations économiques en cours dans la région figurent parmi les facteurs les plus couramment cités pour expliquer l’ampleur du phénomène d’émigration, surtout vers le nord-est américain. La transition d’une économie rurale à caractère familial vers un mode d’exploitation commercial et industriel à plus grande échelle, en cours pendant les premières décennies du XXe siècle, encourage la mobilité géographique, entre autres, vers les villes.

Les Acadiens forment le groupe culturel de notre étude. Minoritaires dans chacune des trois provinces maritimes, les Acadiens vivent, tout comme les anglophones, les transformations économiques en cours, ainsi que les défis et les opportunités que celles-ci produisent. Leur expérience de mobilité géographique n’est pas tout autant redevable aux réalités économiques de l’époque que chez les anglophones.

Dans les discours et les représentations politico-culturelles des chefs de fil acadiens, les célibataires acadiennes sont peu ciblées comme migrantes ou émigrantes potentielles. Les expériences de mobilité géographique des femmes sont présumées s’effectuer dans le contexte des migrations familiales.  Les discours, les prises de position et les actions des chefs de fil visent donc le phénomène de migration familiale et non celle des femmes célibataires seules.  Il en est de même pour ce qui est de la stratégie de colonisation rurale, vue comme une solution efficace à la mobilité géographique des familles acadiennes et surtout, à l’émigration de ces familles vers les États-Unis.

Ce projet propose donc une étude macro-historique portant sur l’identité et les caractéristiques des célibataires acadiennes autonomes qui ont émigré aux États-Unis par le biais d’un des dix postes frontaliers longeant le territoire du Nouveau-Brunswick. Il s’agira de comprendre les raisons de ces déplacements et les processus qui les permettent. La période à l’étude a comme point de départ 1906, au moment de la mise en place d’un nouveau régime frontalier aux États-Unis, jusqu’à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale.

En effet, à partir de 1906, les douaniers des postes frontaliers américains inscrivent sur des cartes manifestes une série d’informations très détaillées à propos de chaque individu demandant l’admission au pays.  Les informations retenues incluent le nom de la personne, le lieu de sa naissance, son âge, son sexe, son statut civil, son occupation, sa capacité de lire et écrire, sa langue d’origine et sa race, sa nationalité, sa dernière résidence permanente, le nom d’une  référence dans le milieu d’origine, les dates des voyages antérieurs aux États-Unis, le nom de la personne qui a payé le passage de l’émigrante, l’adresse ou la destination aux États-Unis, la somme d’argent en mains, la durée du séjour et, enfin, une courte description physique de l’individu. Les informations notées sur ces fiches nous permettent donc d’identifier les émigrantes acadiennes voyageant seules.

Cette source, riche en informations, permet de répondre aux questions suivantes : combien de d’Acadiennes célibataires partent vers les États-Unis sans être accompagnées par leur famille ? Quels sont les moments les plus propices de l’émigration de ces femmes (saisonniers, annuels, par décennie, etc.)?  De quels milieux proviennent ces femmes (la province, le milieu urbain ou rural) ? Combien d’entre elles ont fait l’expérience de la migration dans les Provinces maritimes avant leur départ vers les États-Unis ? Quelles expériences de travail ces femmes ont-elles acquises avant leur départ vers les États-Unis ? Quelles raisons donnent-elles pour leur départ ? Quels sont les réseaux de parenté ou d’amitié dont bénéficient ces femmes aux États-Unis ?

QUÉBEC


Joanne Burgess, France Martineau et Wim Remysen proposent d’étudier à une échelle de micro-analyse des trajectoires individuelles et familiales sur plusieurs décennies, de façon à comprendre la mobilité sociale, économique et géographique d’un groupe d’artisans, les effets des contacts linguistiques sur le tissu sociolinguistique de Montréal et l’émergence d’une identité linguistique montréalaise dans le paysage québécois entre 1780 et 1861.

À partir d’un ensemble de données réunies par J. Burgess pour sa thèse sur les artisans du cuir à Montréal (« Work, Family and Community: Montreal Leather Craftsmen, 1790-1831 », UQAM, histoire, 1987), l’équipe propose d’examiner la mobilité de ce groupe social, mais aussi des individus qui lui sont liés par des relations matrimoniales, commerciales ou de voisinage.

L’étude se divise en deux grandes filières de mobilité géographique. D’abord, la filière migratoire, des campagnes vers Montréal. Cette section s’intéresse à la provenance des apprentis : s’intègrent-ils au milieu professionnel montréalais ou quittent-ils la ville? Et à la migration d’artisans adultes vers Montréal sans y avoir été apprentis. Dans une seconde section, on s’intéresse à la situation à l’intérieur de Montréal : les relations qui s’établissent dans le milieu, la mobilité sociale et la géographie, où s’approvisionnent-ils et où annoncent-ils?

Du point de vue historique, il s’agit de contribuer à une meilleure connaissance du monde artisanal montréalais et de ses transformations au début de l’industrialisation en examinant les dynamiques migratoires qui alimentent la forte croissance que la ville et les métiers du cuir connaissent alors. La recherche proposée repose sur une réactualisation et un enrichissement d’un important corpus de données, constitué il y a déjà quelques décennies, pour répondre à de nouvelles questions sur les mouvements et les processus migratoires.

Du point de vue linguistique, il s’agit de pouvoir reconstituer la mobilité géographique et sociale et les contacts qu’ont pu avoir entre eux des individus de diverses origines, de façon à émettre des hypothèses sur la formation du français montréalais (et faire le pont avec les recherches sur cette période et celles qui ont suivi).

Cette période a été peu étudiée dans l’histoire du français québécois, alors qu’il est fort probable que c’est durant ces décennies que se sont formées les caractéristiques du français montréalais, notamment en raison 1) de la rupture partielle avec la France, surtout dans la première moitié du XIXe  siècle, le départ de nombreux Français de l’ex-colonie lors de la Conquête et l’immigration restreinte de Français à partir de ce moment. 2) du contact plus étroit avec l’anglais, à travers les échanges en milieu de travail, l’affichage, les alliances matrimoniales de couples exogames 3) des mouvements de population des campagnes vers la ville, qui modifient le tissu social et linguistique de Montréal. Tous ces changements feront en sorte que l’élite canadienne-française commencera à se positionner sur la langue, à travers des chroniques dans la presse, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

Nous faisons l’hypothèse que les classes aisées de Montréal, avec l’émergence d’une bourgeoisie canadienne-française, tentent de se positionner par rapport au français populaire en raison de deux grands changements qui se produisent durant la première moitié du XIXe siècle. D’une part, en France, la bourgeoisie développe de nouvelles façons de parler, à la suite de la Révolution française, qui lui permettent de prendre des distances face à la langue de la noblesse, mais aussi d’accroître l’écart avec les classes modestes et semi-modestes (celles des artisans ou de la petite bourgeoisie provinciale). La bourgeoisie canadienne-française, d’abord partiellement coupée de la France, reprend contact avec l’ancienne mère patrie et tente d’intégrer ces nouvelles formes et tournures, qui entrent en compétition avec les traits plus conservateurs de l’Ancien Régime qui caractérisent encore la langue populaire. D’autre part, la bourgeoisie canadienne-française, comme celle de France et notamment de Paris, réagit à l’arrivée de nombreux ruraux dans la métropole et cherche à s’en distinguer. En d’autres mots, il est impossible de comprendre les discours sur la langue et les changements qui s’opèrent au niveau de la bourgeoisie sans comprendre à quoi cette bourgeoisie réagit et comment Montréal devient le point d’attraction socio-économique et culturel de celle-ci.

Cette langue montréalaise est d’abord celle de groupes ruraux qui migrent vers la ville. L’étude du groupe des artisans permettra de comprendre comment à travers les alliances matrimoniales et la mobilité sociale, des traits linguistiques sont nivelés ou, au contraire, deviennent saillants.

De façon notable, les premières grandes enquêtes dialectologiques ont souvent évité Montréal comme terrain d’enquête et se sont limitées aux régions (à l’exception de la Société du parler français au Canada). Ou elles se sont intéressées à une région. Est-il dès lors possible de lier les résultats de ces enquêtes de début du XXe siècle avec les commentaires des chroniqueurs sur la langue québécoise/ les mouvements de populations? Plus encore, est-il possible de nuancer le portrait très homogène de la population canadienne-française en montrant que la ville est un lieu de contact entre divers groupes linguistiques ?

Cette étude s’intéresse à l’évolution de la prononciation depuis les débuts de la colonie laurentienne à travers une approche multidisciplinaire et se situe à l’intersection de la linguistique et de la démographie historique. Au Canada français, la tenue rigoureuse des registres d’état civil ou religieux depuis les débuts de la colonisation permet de reconstituer les mouvements de population à l’échelle individuelle. Ces registres fournissent aussi des indications d’une richesse inégalée sur la prononciation du français, grâce surtout à l’étude systématique de l’orthographe des noms de famille. Celle-ci est en effet beaucoup moins stable que celle du vocabulaire commun et plusieurs variations orthographiques révèlent des variations de prononciation qui peuvent être suivies dans le temps et l’espace. Le nombre de documents (des millions d’actes) et leur couverture temporelle et géographique systématique sur plusieurs siècles permettent ainsi de modéliser, de façon exceptionnelle, l’évolution de différents traits de prononciation à travers le territoire et les générations.

Avant la stabilisation des formes orthographiques des noms de famille, qu’on peut situer dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la grande fréquence et variabilité des noms dans les documents officiels offre donc une fenêtre unique sur l’histoire de la prononciation. La mise en parallèle de données démographiques et linguistiques anciennes est porteuse d’avancées spectaculaires des connaissances sur les origines et l’évolution du français au Canada, au-delà de mécanismes de changement phonétique, en permettant de documenter à une échelle micro-historique la distribution géographique et temporelle de nombreux traits de prononciation. L’exploitation des registres démographiques ouvrira de nouvelles voies à une interdisciplinarité jusqu’ici peu pratiquée entre linguistique et démographie historique. Ces recherches linguistiques permettront en retour de bonifier les bases de données démographiques elles-mêmes, grâce à une meilleure interprétation des variations orthographiques observées.

Cette étude s’inscrit essentiellement dans la période avant la Confédération. À terme, l’évolution de certains traits de prononciation identifiés dans les actes pourra être poursuivie vers l’époque contemporaine par l’étude des documents sonores disponibles à partir du milieu du XXe  siècle, notamment grâce aux enregistrements de l’ALEC (Atlas linguistique de l’Est du Canada, 1971), jamais encore exploités, et au corpus Phonologie du français contemporain (PFC, 2010-2019).

Dans sa dimension temporelle, ce projet œuvre à la fois à l’échelle intergénérationnelle, par l’exploration de l’évolution des formes orthographiques d’une génération à l’autre, et par décennies, en comparant la fréquence relative de certaines formes.

Dans sa dimension spatiale, cette recherche  œuvre  à la fois à l’échelle provinciale et à l’échelle régionale, par l’étude des dynamiques dans la diffusion des formes, certaines régions pouvant jouer un rôle précurseur dans l’établissement de nouvelles formes, d’autres se révélant comme des foyers de résistance. À l’intersection des échelles temporelles et spatiales, c’est essentiellement la circulation des formes linguistiques (formes orthographiques et formes sonores révélées par la graphie) qui est en jeu.

The Programme de recherche en démographie historique (PRDH) has traditionally focused on two areas of study: 1) the historical demography of the 17th and 18th-century Quebec populations, and 2) household patterns and aging in the 19th- and early 20th-century Canadian families.  We would like to use this project as an opportunity to bridge these two areas of study, with a particular focus on the first half of the 19th century.  We propose a three-pronged historical study which examines:

The structure of intra-Quebec migration: the extent, direction and nature of intra-Quebec migratory movements from the beginning of colonization up to 1849

On the basis of the places of registration of parish acts over the course of each individual’s life, what can we learn about small or larger migratory movements made from birth to death?  What factors were associated with these movements?  To what extent did the splitting of parishes (to accommodate a growing population) cloud our ability to assess migratory movements, and how can we account for changes which were purely administrative?  A preliminary analysis suggests that women moved frequently in the course of their lives; for example, one-third registered their first-born child in a parish which differed from their parish of marriage.

Profiles of early intra-Quebec migrants

As rural-to-urban as well as out-of-province migration increased in the early 19th century, what kinds of persons migrated to cities or out of Quebec?  The creation of a machine-readable database of the 1831 Census of Quebec and linkage of this database to Quebec Catholic parish register data will enable us to compare the household and economic characteristics of movers and stayers.

La vie transfrontalière / micro-migrations: early Quebec cross-border migrants

Who were the French Canadians who first began to move across the St. Lawrence and Ottawa Rivers into Upper Canada/Canada West/Ontario, as well as Vermont, Maine and upper New York State? (“les paroisses limitrophes”)?  To what extent did families move back and forth across the Quebec-Ontario or Quebec-U.S. border?  How did families compose themselves and then reconfigure themselves over time?  What was the timing of these migrations, the dynamics of this process?  What was the role of relatives in the chain migration process? We note that there is a snowball or feedback effect in this process, and that migrants become less and less selected over time. Do we see this in their outcomes?

This period in French-Canadian history has received less scholarly attention on account of the dearth of available historical data.  Recent advances in data creation and record linkage by the PRDH, BALSAC and IMPQ research groups have made available a digitized version of the 1831 Census of Quebec as well as longitudinal parish register data linked up to 1849. We propose to use these data in conjunction with newly-available 100% Canadian census microdata from The Canadian Peoples Project (TCP) (in collaboration with Ancestry.com) (available for research in 2021). Our research partner, l’Institut Généalogique Drouin (IGD), has made available to the PRDH transcriptions of Catholic parish records for several parishes located in Ontario as well as Vermont, Maine and New York State. The PRDH is also collaborating with FamilySearch to obtain their versions of Canadian census indexes which feature first and last name transcriptions which may prove of better quality than those transcribed by Ancestry in the TCP census databases.

The first part of our study will be based on the RPQA and the IMPQ parish register databases. Then, we will link the data from the 1831 Census of Quebec to parish register data. The final part of our study will be based on a pilot study which integrates a select number of Ontario, Vermont, Maine and New York State parishes with previously-transcribed and linked Quebec Catholic parish records.

L’objectif principal ce projet est d’étudier les dynamiques migratoires interrégionales au Québec, tout en tenant compte des migrations hors Québec, et les mécanismes de la reproduction familiale aux 19e et 20e siècles.

Dynamiques migratoires inter-régionales

Le premier volet de cette recherche consiste à analyser les lieux de départ et d’arrivée qui définissent les itinéraires migratoires, afin de mettre en relation les différents profils de migrant-e-s et de sédentaires avec les conditions économiques, démographiques et sociales des localités et écoumènes régionaux en cause. On compte, parmi ces conditions, la structure d’emploi locale, le ratio de masculinité chez les jeunes adultes en âge de se marier et la saturation du terroir agricole, pour ne nommer que celles-ci.

Il s’agira de tracer les profils sociodémographiques des populations régionales sur le plan de la mobilité et de la sédentarité. À partir de terrains d’enquête sélectionnés parmi les régions couvertes par l’IMPQ, trois sous-groupes seront étudiés en examinant les recensements de? 1861, 1881 et 1901, années pour lesquelles nous pouvons distinguer : 1) les individus qui arrivent du Québec ou d’ailleurs; 2) ceux qui étaient déjà présents et qui demeurent; 3) ceux qui quittent.

Les profils des individus de « retour » des États-Unis pourront être comparés à ceux des individus « restés » au Québec. Ceux-ci peuvent être identifiés dans les recensements en notant entre autres la présence d’enfants nés aux États-Unis au sein du ménage ou dans le fichier BALSAC, par exemple les mentions d’un lieu de résidence aux États-Unis.

Dans un premier temps, il s’agira d’étudier les caractéristiques des individus et d’esquisser un essai de mesure d’un effet de sélection dans un milieu donné. Les arrivants ont-ils des caractéristiques particulières? Et qu’en est-il de ceux qui quittent? Dans un deuxième temps, un effort pourrait être fait pour identifier le lieu d’origine et de destination de ces migrants en ayant recours au jumelage intercensitaire. Les récentes données du projet The Canadian People Project pourraient servir à tracer ces portraits, car les index suffisent pour retracer les individus. Les résultats obtenus dans le premier temps de ce volet nous permettront d’avoir une idée de l’ampleur que pourrait prendre cette deuxième étape de la recherche.

Reproduction familiale canadienne-française comparée

Dans ce volet, nous tenterons de développer une ou deux analyses comparatives sur la reproduction familiale en comparant Manchester et un terrain de l’IMPQ, tout en nous appuyant sur de très récentes analyses menées à partir du corpus de données jumelées et référencées de Manchester.

L’objectif principal de cette étude est de mieux comprendre le rôle des migrations dans la formation et l’évolution de la population canadienne-française au Québec. Il s’agira d’effectuer une analyse des parcours migratoires intergénérationnels des ancêtres de la population contemporaine, établie à partir de données généalogiques s’étendant sur plus de trois siècles. L’analyse de ces parcours migratoires permettra de mieux situer dans le temps les contributions respectives des différents territoires nord-américains aux origines ancestrales des descendants canadiens-français contemporains. Ainsi, à partir d’échantillons régionaux de généalogies ascendantes de Canadiens-français nés et/ou mariés au Québec au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, il s’agira d’étudier les mouvements migratoires intergénérationnels qui se sont produits depuis les débuts de la colonisation et qui expliquent la répartition géographique de la population canadienne-française contemporaine du Québec.

En plus des mouvements internes au Québec, cette analyse mettra en relief le rôle des ancêtres provenant d’autres régions canadiennes (p. ex.: l’Acadie, l’Ontario et l’Ouest canadien) ou états-uniennes, notamment les anciens territoires français ainsi que les États de la Nouvelle-Angleterre d’où sont revenus de nombreux émigrants canadiens-français dans le peuplement du Québec. En outre, l’identification d’immigrants internationaux présumés non francophones repérés dans les branches généalogiques permettra de jeter un regard sur l’intégration linguistique de ces immigrants (ou de leurs descendants) au sein de la population canadienne-française. On pense ici, par exemple, aux mercenaires d’origine allemande établis au Québec à la fin du XVIIIe siècle, à la suite de la guerre d’Indépendance américaine. Certains de ces immigrants ont épousé des canadiennes-françaises et leur descendance s’est par la suite rapidement intégrée à la population francophone. De nombreux descendants d’Irlandais arrivés principalement au cours du troisième quart du XIXe siècle ont aussi joint les rangs canadiens-français. Cette analyse des mouvements migratoires intergénérationnels s’effectuera donc à plusieurs échelles géographiques (régions du Québec, autres régions canadiennes, régions états-uniennes et autres pays), afin de bien faire ressortir l’apport des différents bassins démographiques au déploiement de la population canadienne-française du Québec.

Par ailleurs, une analyse ciblant plus particulièrement les lignées généalogiques paternelles, c’est-à-dire les branches masculines, remontant strictement par les pères, permettra de mieux comprendre comment se sont formés les divers bassins patronymiques francophones des régions du Québec. Ici encore, cette analyse fera ressortir, outre l’évolution intergénérationnelle des patronymes français issus des premiers ancêtres établis aux XVIIe et XVIIIe siècles, la transmission et les transformations qui ont caractérisé certains patronymes non français introduits par les immigrants originaires de pays non francophones.

La source principale des données pour cette étude est le fichier de population BALSAC, qui permet notamment de reconstruire les généalogies ascendantes de la population québécoise jusqu’au début du XVIIe siècle. Il s’agit là d’une profondeur temporelle exceptionnelle qui est rarement atteignable pour d’autres populations, du moins à cette échelle. Ces généalogies fournissent des informations détaillées à propos des origines, de la formation et de la structuration de la population québécoise à travers les siècles. Les lieux et dates de mariage des ancêtres identifiés dans les généalogies permettront de retracer les parcours migratoires intergénérationnels, par la comparaison des lieux de mariage des ancêtres avec ceux de leurs parents.

L’observation des lieux de mariage des ancêtres a déjà permis d’établir des mesures de l’ancienneté régionale et de la diversité des origines ancestrales individuelles, qui s’expriment en années ou en nombre de générations. Les résultats ont montré une variabilité importante dans les profondeurs et les origines régionales ancestrales. Les contributions régionales ont fait ressortir l’importance de la proximité géographique, mais aussi celle de l’ancienneté des zones de peuplement. Ces résultats ont fourni une première estimation de la migration interrégionale intergénérationnelle résultante au Québec depuis le XVIIe siècle. L’analyse détaillée des lieux de mariage permettra d’aller plus loin en traçant les principaux chemins migratoires qui expliquent cette résultante. En plus des mesures qui seront effectuées pour caractériser et quantifier les chemins migratoires (identification et fréquence des principaux flux, intervalles intergénérationnels des mouvements), des représentations cartographiques seront utilisées pour illustrer les résultats.

Un corpus d’environ 10 000 généalogies ascendantes sera utilisé. Ces généalogies ont été constituées dans le cadre de projets antérieurs et sont disponibles pour l’analyse. Elles concernent des personnes qui se sont mariées au Québec entre 1966 et 1985 ou qui sont nées entre 1940 et 1970, et qui résidaient au Québec au moment de la collecte des données (2009-2010). Il s’agit donc, en somme, d’un échantillon représentatif de la population des baby-boomers québécois.

Nouvelle-Angleterre


French Canadians made up one of the largest immigrant groups in the United States in the early 20th century, with almost 750,500 individuals of French Canadian parentage residing in the United States in 1930. French Canadian migrants were disproportionately concentrated in industrial towns in New England, where significant Franco American communities were established, and remained a major component of the urban landscape until at least the 1950s. Their social and economic experiences in the US drew much comment from both Canadian and American observers. Due to low rates of literacy, language barriers, and a tendency to concentrate in ethnic enclaves, many contemporaries debated whether or not French Canadians would successfully assimilate into American society. For first generation French Canadian arrivals in the US, economic potential depended in large part on self-selection in migration: was it the best and brightest who chose to move south, or did relatively low costs of emigration, the availability of family and kin contact already in the US (and the ease with which it could be reversed) mean that the relatively unskilled and least adaptable were prominent amongst the flows? For the second generation, the character of the communities in which Franco Americans reached adulthood were key. Recent research by Mackinnon and Parent  suggests that French Canadians assimilated relatively slowly once in the US: the educational attainment of the second generation (first generation American-born) lay well below that of native-parentage Americans and other immigrant groups until after the Second World War. The prevalence of parochial schools in parts of New England with large numbers of Franco Americans appears to have been closely connected to limited educational attainment.

Did patterns of self-selection play a large role in shaping the character of the French Canadian population in the US? While the broad outlines of who went South are fairly well known, whether migrant selection was shaped by strong cross-border networks (as in the case of other international migration flows) is unknown. For the second generation, the existing evidence on educational attainment and conscription is suggestive, but does not provide direct evidence that Franco-Americans were less mobile in response to economic opportunities, or that this changed before and after 1950.

The first part of the project proposes to draw a sample of the US border crossing records for New England (St Albans, Vermont) between 1895 and 1925 to assess emigrant selection among French Canadian migrants. The records include details of occupation and physical stature (height); both of these can be compared to the occupational profile of stayers and the height profiles of other samples of the French Canadian population to assess what part of the distribution migrants to the US were coming from. The border crossing records also usually report intended destination and a contact at this place. This information will allow us to discriminate between migrants who were “networked” and those who were not; other studies of emigration to the US for different migrant groups and different time periods have found substantial differences in economic potential between those drawing on a network and those who did not. This part of the project will offer an important contribution to Canadian economic history through better estimates of migrant selection (physical as well as economic stature) and a first look at how networks shaped this selection.

The second part of the project turns to the mobility of the next generation – Franco-Americans born in the US to French Canadian parents. An existing narrative argues that this generation was often stuck in their “Petits Canadas” prior to conscription and the Second World War. The implicit argument is that the character of the destinations chosen by their parents are a large part of what held the second generation back. The prevalence of parochial schools for the children of French Canadian migrants is well established, and it has been argued that parochial schools reduced both the quality and quantity of education received by the children of French Canadian migrants. Social scientists have argued that growing up in an ethnic enclave could affect the assimilation of the children of immigrants for a host of other reasons as well, which could also have effects on the ability to seize economic opportunities inside and outside of the enclave. Beyond the ethnic character of the environment in which Franco American children were raised, their broader economic characteristics could also affect the onward mobility of the second generation. While New England’s mill towns offered ready employment for migrants from Quebec in the late 19th and early 20th century, by 1920 many of these destinations were declining relative to larger urban areas and similarly-sized locations elsewhere in the US. Poorer opportunities where many Franco American children came to adulthood should have made emigration attractive in principle, but a large literature on the economics of migration has shown that poverty traps are also a common feature in such locations; would-be migrants may have had little capital to finance the move, and for second generation populations, lower and/or less transportable human capital can also blunt the incentives to move. Discrimination against an ethnic group that was often presented unfavourably could also limit the ability to successfully move outside of the enclave.

How did French-Canadians maintain and adapt their communities when they migrated to the United States in the late nineteenth and early twentieth century? And how distinctive was their social position as an immigrant community in the United States, unusually proximate to where they had come from?

This research will contribute to the broader project by describing and analyzing the changing position of French-Canadian origin people in the United States along three key dimensions: family formation and fertility, language use, and work and employment. Family, language use, and employment can be measured across time, and provide different insights into how people associated with their community of origin and their new community of residence in the United States.

Family and household formation and fertility: Who a person chooses to marry is an important indicator of the extent of social contact and acceptance with different groups. If social groups are interacting frequently and amicably enough it will tend to show up in marriage behavior. Prior studies of marriage and family formation behavior of immigrants to the United States that have looked at immigrants across the country have ignored the French-Canadian population, likely because in prior samples the Francophone population was too small.

Using the Canadian census data to generate indicators of distinctively Francophone first and last names, and the US census information on origin (birthplace) and language use (in selected census years) we will identify people along a continuum of French-Canadian origins and connections between 1880 and 1940. Taking account of their location, the availability of partners in their area and their generation in the United States, we will measure the extent to which French- Canadians married out of their own group.

Before 1940, marriage was often quickly followed by a transition to parenthood, though the speed with which this occurred changed significantly over theis period (1880-1940 of our study). Prior work has examined how generation and nativity influence fertility differentials. The degree to which immigrant groups converged to the lower fertility rates of native-born Americans is an important indicator of how French-Canadians settled in North America. This is particularly important because religious and regional factors provide conflicting hypotheses on how French-Canadian fertility should behave. When they migrated to New England, French-Canadians entered the region  of the United States with the lowest fertility, and fastest and earliest fertility transition. Acculturation to these norms would mean that French-Canadian fertility dropped quickly. Yet we know that adoption of contraceptive methods was an important part of the fertility decline, and religious factors suggest that French Canadians may not have been exposed to ideas and methods for restricting fertility.

A second indicator of social proximity is the extent to which people live proximately to people of a different background. Adapting to prior work on the proximity of kin, we will examine the extent to which French-Canadians were segreated from native-born Americans, and from other immigrants. To address the broader goals of the project, this analysis will consider how residential segregation varied along regional lines, and changed over time as immigration from Canada slowed.

Language use: Residential proximity to people with a similar background provides a key mechanism through frequent informal social contact for the maintenance of the French language speaking. Using the complete count censuses, we will examine the multi-layered effects of parents, household composition, and the effect of immediate and wider neighbors on the transmission of the French language to second generation children. The French-Canadian population in the early twentieth century provides an important test of sociological theories about language use in immigrant communities that can be informative for current understanding of Spanish-speaking migrants.

Work and employment: The contours of French-Canadian employment in the first two decades of the twentieth century is well known, with migration to New England factory towns dominating the literature. Already the complete count census records for the United States are revealing that this narrative is somewhat incomplete, with smaller French-Canadian communities elsewhere working in other occupations and industries. Using the complete count census data will provide an unparalleled opportunity to describe the changing patterns of employment and economic status in the Francophone-origin population over time. A key indicator of the social position of French-Canadian migrants will be the extent to which the second generation moved into white-collar employment, where English language skills are more likely to have been required.

Family budget studies: Economic advancement was an important motivator for Francophone families to move to the United States, and a long debated question is how families fared in New England mill towns. We have collected a series of 28,000 individual records from 33 budget studies in Connecticut, Maine, Massachusetts, New Hampshire, and Rhode Island that contain information on earnings, spending, and nationality conducted between 1870 and 1900. Similar budget studies were conducted in Michigan in the 1890s, and contain several hundred Canadian-born workers. This series will give us new insights into the economic status and earnings of the Francophone population in the United States, and complement the stream of work done by Don Laf Freniere and Sarah Fayen Scarlett on industrial work in the Upper Peninsula.

Grands-Lacs et Pays des Illinois


This study examines the role of Francophone migration in the development of the Illinois Country throughout the eighteenth and early nineteenth centuries. The Illinois Country was a colonial contact zone and borderland in the heart of North America that defies easy definition. Located in Illiniwek and Osage territory, the region experienced multiple francophone migrations. Most scholars agree that following a period of pronounced French-Indigenous intermarriage and métissage, a francophone settler population established itself in the 1730s and 1740s, buoyed by newly arrived Canadiens. Francophones continued to migrate to Illinois Country from Canada, the Pays d’en haut, Louisiana, and France throughout the remainder of the century. Indigenous peoples from the Ohio Valley and Anglo-Americans also migrated to the region during the late eighteenth and early nineteenth century. Despite overwhelming evidence of a complex heterogeneous population, historians have largely given themselves over to referring to colonial Illinois villages as French, Creole, or French-speaking.

In 1995, Cécile Vidal asserted that family networks played a crucial role in French-Regime canadien migration to Illinois Country. Since then, there has been limited treatment of how francophone migration patterns actually functioned and the ways in which they shaped the contours of ethnicity and community, and virtually nothing on migrations after the end of the French Empire in 1763. My research expands upon Vidal’s assertion by seeking to understand the details of how family kinship networks operated and influenced patterns of mobility and regional dislocation. It asks, moreover, how these patterns changed over several generations and across different political regimes (French, British, Spanish and American). Following this line of inquiry, the study will focus on the following question:

How did marriage, kinship, and migration shape and reshape the demographic composition, and ethnic and cultural character of Illinois Country, and the region’s ties to the rest of French North America and the Atlantic world? In answering this query, the study will pay particular attention to the relationship between francophone migration and: métissage ; community identities ; imperial politics and regime change ; cultural crisis and resistance to Americanisation.

A detailed analysis of francophone migration will be conducted for 12 Illinois Country villages: Kaskaskia, Cahokia, St. Philippe, Chartres, Prairie du Rocher, St. Louis, Ste. Geneviève, Vincennes, Carondelet, St. Charles, New Madrid, and Cape Girardeau. These villages represent a crucial cross-section of different locations, time periods, and political regimes. Such breadth is feasible due to the relatively small colonial population. Such coverage, moreover, is essential for understanding both inter-regional (i.e. Louisiana-Illinois or Canada-Illinois) and intra-regional (within Illinois) migration over several generations.

The study will conduct a macro-analysis of migration and demography using historical censuses. Notwithstanding the variability of census categories (especially across regimes), each census provides detailed information regarding the names of individuals and families, and in many cases provides details such as age, status (married/single), children, employment, and general wealth. Comparing and contrasting the censuses will begin to provide glimpse into migration patterns and the changing demographic composition of individual villages and the Illinois Country as a whole. The purpose will be to identify broad migratory trends and how they changed over time. The analysis of this data will provide a crucial macro dataset to help contextualize case studies and kinscapes.

The study will aggregate data from marriage records for the villages of Kaskaskia, Cahokia, St. Philippe, Prairie du Rocher, Chartres, and St. Louis. These first villages represented the pale of francophone settlement along the middle Mississippi River for much of the French regime. Marriage and migration data will provide more direct insight into the effects of inter- and intra-regional francophone migrations on the rise of St. Louis as one of North America’s key colonial centers.

The aggregated marriage data will be analysed using social network analysis to identify multi-generational kinship networks (kinscapes), and to compare these kinscapes to the macro-analysis of census data. This will create a layered comparative model, whereby marriage kinscapes can be placed overtop of broad migration and demographic data. This will provide a crucial launching point for understanding if, why, and how villages defined largely by métissage developed a more “francophone” population and character over the course of subsequent francophone migrations. The kinscape data will also provide a preliminary understanding of how francophone migrations operated across regimes and in relation to Americanisation of the region during the late eighteenth and early nineteenth centuries.

Finally, marriage and migration data will be added for the villages of Ste. Geneviève, Vincennes, Carondelet, St. Charles, New Madrid, and Cape Girardeau. These villages will serve as case studies to help nuance the overall assessment of Illinois Country francophone migrations.

What were the settlement experiences for French-Canadians as they migrated across North America? A diverse literature exists on the French-Canadian experience in communities across North America including settlements along the Detroit Frontier, Louisiana, and the Red River Valley, however little is known about the French-Canadians who settled the Upper Great Lakes (a notable exception is the work of Jean Lamarre) and even less is known about this population during the industrial and post-industrial period of the late 19th to mid-twentieth centuries.

The Keweenaw Study Site, led by Don Lafreniere and Sarah Scarlett will focus its research efforts on mapping and modelling the social and geographic mobility of French-Canadians during industrialization and deindustrialization for the period 1860-1940.

The study site is Michigan’s Copper Country, located on the Keweenaw Peninsula, a singular and nationally recognized example of the lasting sociocultural and environmental effects of the deep interaction between humans and the natural world. Endorsed by the creation of the Keweenaw National Historical Park in 1992, the Copper Country is the oldest and one of the largest copper mining regions in the United States. The potential for employment drew a number of cultural groups to the region, especially Cornish miners, Finnish labourers, and French-Canadian timbermen during the period 1860-1920. The bulk of the mines closed in the interwar period and as a result many of the French-Canadians either changed jobs, migrated back to Canada, or moved to the thriving industrial cities in the lower Great Lakes such as Chicago and Detroit.

The work will begin with a study that will establish the composition of the French-Canadian population that migrated to the region. How many arrived during each decade? Where did they settle? Were they single men? Or couples or families? Did the breadwinner lead and the rest of the family followed once employment was secured? Were extended kin networks included in the migration stream?

The bulk of the activities will focus on answering the question: Were French-Canadians socially mobile as they migrated from Lower Canada to Michigan’s Upper Peninsula?

This project will study mobility across a range of spatial, temporal, and population scales. It will examine mobility of individuals, couples, families, households, as well as the entire French-Canadian population of the region. The study aims to examine the existence, direction, and intensity of social mobility in individuals, couples, families, and households as reflected in changes in occupational class, wages, housing conditions, neighbourhood socio-economic status and occupational hazard and risk.

The project also aims to document how the processes of assimilation impacted French-Canadian’s ability to be socially mobile. Identifying, linking, and mapping French-Canadians in the Keweenaw to the household level also provides a rare opportunity to use cultural landscape and architecture to explore the material texture of everyday life for migrants. Housing stock, commercial buildings, churches, and schools in this region survive largely unaltered, since economic conditions after the mining demise have not supported widespread renovation or modernization.

By studying the nineteenth and early twentieth-century buildings constructed and used by French-Canadians, it is possible to investigate the process of assimilation and its impact on social mobility. Because French-Canadians in the Keweenaw, especially the first generation, worked in lumbering, ran the region’s largest sawmills, and pursued carpentry, we can compare building technologies and land use to precedents in Quebec. Moreover, social mobility can be assessed using domestic architecture by analyzing the size, age, and amenities of houses. When and to what degree did migrants acquire new systems for plumbing, electricity, and waste disposal? Could they separate workspaces from polite rooms for leisure? How much individual privacy was afforded by their single-family house equipped for “modern” living? By triangulating between demographic and spatial data over time – especially to the degree of detail afforded by the Copper Country Historical Spatial Data Infrastructure (CCHSDI), rich archival collections, and extant architecture in the Keweenaw – the proposed micro-histories promise to offer a rich dimension of human experience to this study of trans-continental migration.

Ce projet en deux volets examine la genèse et le développement de populations franco-amérindiennes catholiques occupant les bassins hydrographiques des Grands Lacs et de la baie d’Hudson. Ces deux régions sont reliées entre elles par une circulation pelletière ayant Montréal comme métropole. Cette circulation repose sur un vaste système hydrographique qui s’articule autour de deux grands relais, soit celui du Grand Portage (dans le Minnesota actuel) et celui du Fort William, ce dernier étant situé à l’embouchure de la rivière Kaministiquia (Ontario). Ces deux portages permettaient le transfert de marchandises et de populations du versant est au versant ouest du partage des eaux laurentien.

L’objectif général de cette recherche est de documenter l’évolution de communautés franco-amérindiennes catholiques de l’Amérique du Nord en se concentrant sur deux d’entre elles historiquement liées par le commerce des fourrures – et donc semblables sur les plans socio-économique et culturel – et de voir si, malgré cela, la ligne de partage des eaux constitue ou non un facteur de différenciation. Ultimement, nous voulons identifier dans le temps et dans l’espace les migrations possibles entre ces communautés et évaluer les liens qui existent entre elles.

Les travaux de recherche se répartiront en deux volets et les deux chercheurs principaux formeront chacun une équipe.

Volet 1 : Étienne Rivard et son équipe de Saint-Boniface cibleront le recensement de 1850 comme point de départ à une analyse de l’ensemble du territoire du Minnesota, et plus spécifiquement pour la région du Dakota du Nord actuel, laquelle est connue historiquement sous le nom de Pembina.

Volet 2 : Nicole St-Onge et l’équipe d’Ottawa se pencheront sur la région de la baie de Chequamegon et la communauté franco-amérindienne de Lapointe, située sur l’ile Madeline dans le bassin sud du lac Supérieur. Le point de départ sera le même que pour l’équipe de Saint-Boniface – le recensement américain de 1850 qui énumère 74 familles franco-amérindiennes résidant à Lapointe, Wisconsin.

La recherche prévoit une recherche latérale et intergénérationnelle de ces familles franco-amérindiennes pour mesurer le degré de persistance dans le temps de ces communautés et voir si elles s’assimilent aussi rapidement que le suggèrent les sources publiées. En ce qui a trait à la région des Grands Lacs,  il s’agira de réévaluer la thèse aujourd’hui dominante selon laquelle l’ethnogenèse métisse n’aurait jamais eu lieu dans les communautés telle Lapointe, issues du commerce des fourrures axé sur Montréal. Enfin, l’objectif sera de mieux saisir, s’il y a lieu, les liens existants entre ces deux régions et communautés, mais aussi avec le cœur des réalités métisses en Amérique du Nord au XIXe siècle, soit la colonie de la Rivière-Rouge, laquelle devient la province du Manitoba en 1870.

Cette recherche permettra des avancées qui cadrent dans l’objet même du projet de partenariat dans son ensemble. D’abord, la recherche sera l’occasion de développer des outils méthodologiques permettant d’éclairer des phénomènes socioculturels peu connus du fait de leur relative invisibilité dans la plupart des sources documentaires, lesquelles s’avèrent sensibles aux idéologies raciales et coloniales des sociétés euro-américaines dominantes sur les territoires canadiens et américains. L’identification des familles franco-amérindiennes, l’analyse de leurs comportements résidentiels et migratoires qui traduisent peut-être une ségrégation spatiale, ainsi que l’observation fine des leurs structures complexes de parenté sont, en effet, des méthodes complémentaires d’investigation pouvant servir à l’identification de réalités culturelles vivantes et distinctes.

La recherche servira en outre à produire un ensemble de données originales et exploitables de ces réalités métisses par le jumelage des données de recensements successifs (aspects longitudinaux de l’étude) et par celui entre les différents recensements nominatifs et les échantillons « familiaux » que nous développerons. Enfin, cette recherche produira une cartographie originale et doublement pertinente : d’une part, elle mettra en évidence l’importance des jeux d’échelle dans l’articulation des réalités métisses, des faits migratoires et de circulation culturelle; d’autre part, elle sera cruciale pour mettre en valeur la contribution à ce projet des partenaires patrimoniaux comme la Société historique de Saint-Boniface.

Cette recherche s’inscrit dans le prolongement d’un projet intitulé « Aller faire souche au-delà des limites de la vallée laurentienne : l’émigration ‘‘canadienne’’ vers les Grands Lacs à l’ère préindustrielle (1760-1840) », soutenu par une Subvention de développement Savoir (2016-2018). Dans ce projet, il est démontré que l’émigration canadienne-française du Québec ne commence pas avec la construction des chemins de fer dans le nord-est de l’Amérique du Nord (y compris le Midwest) au milieu du XIXe siècle. En fait, elle commence beaucoup plus tôt, car des facteurs de répulsion sont déjà en place dans plusieurs seigneuries de la vallée du Saint-Laurent au début du XIXe siècle. Cette émigration précoce, liée au monde fluvial français de l’Amérique du Nord préindustrielle qui s’est développé avec l’expansion de la traite des fourrures au XVIIe siècle, relie le Québec avec la région des Grands Lacs, où s’installent des centaines de familles canadiennes-françaises entre 1760 et 1840. Dans le cadre du projet TSMF, il s’agira d’approfondir davantage nos connaissances sur cette émigration du Québec vers le Détroit du lac Érié, mais aussi du Détroit du lac Érié vers certaines régions périphériques à l’intérieur de la région des Grands Lacs.

En 1825, année de l’achèvement du canal Érié qui relie désormais Boston et New York au Midwest, il y aurait déjà plus de quatre mille paroissiens catholiques dans le sud-est du Michigan (comtés de Wayne, Monroe, Macomb et St. Clair ; toujours les seules parties du territoire morcelées à l’époque) et que presque tous sont des Canadiens français répartis entre quatre paroisses, dont la plus ancienne, et de loin la plus importante, est celle de Sainte-Anne de Détroit, fondée en 1701. En ce qui concerne la rive canadienne de la rivière Détroit (comté d’Essex, Ontario), on observe également une forte présence canadienne-française en 1830 ainsi qu’un ressemblance entre l’organisation territoriale des établissements (de longues et étroites bandes de terre alignées perpendiculairement à la rivière Détroit) et les seigneuries de la vallée du Saint-Laurent.

Comme dans la vallée du Saint-Laurent, les Canadiens français du Détroit du lac Érié ont des familles nombreuses, comprenant souvent plus de dix enfants qui atteignent l’âge adulte. Dans les années 1820 et 1830, il n’est plus possible pour les jeunes générations de trouver des terres le long de la rivière Détroit ou de toute autre rivière avoisinante. Au-delà de ces anciennes fermes, les autorités américaines et britanniques optent pour un découpage du territoire en townships (où chaque propriété a la forme d’un carré), afin de ne pas perpétuer l’organisation canadienne-française du territoire. De nombreux jeunes Canadiens français s’installent dans ces townships. Ainsi, au cours des années 1820 et 1830, certaines jeunes familles du côté américain de la frontière migrent vers le nord et s’installent où se trouve actuellement la ville de Flint, tandis que du côté canadien de la frontière plusieurs familles migrent vers l’est et s’installent sur des terres le long du lac Sainte-Claire.

Lors de ces micro-migrations, les macro-migrations en provenance du Québec ne s’effacent pas et la recherche que nous proposons se concentre sur ces deux types de migration. Cette recherche mènera à la rédaction d’articles savants, dont au moins un sera rédigécoécrit avec William Chassé, doctorant en histoire à l’Université Laval. Dans le contexte du projet TSMF, nous terminerons également la rédaction d’une monographie pour les Éditions Prise de Parole, intitulée Mobilité et sédentarité dans l’Amérique française préindustrielle : voyageurs et laboureurs au Détroit du lac Érié, 1734-1854.

Prairie


Simon Balloud propose une étude exhaustive de l’ensemble des religieux·ses français·es appartenant à plus de vingt-cinq congrégations religieuses qui ont rejoint l’Ouest canadien – Manitoba, Saskatchewan, Alberta, Colombie-Britannique – entre 1845 et 1940. Au croisement de plusieurs champs historiographiques, ce projet propose l’étude de ce mouvement migratoire particulier, tant à l’échelle collective qu’individuelle, afin de comprendre à la fois la place qu’occupe l’Ouest canadien dans les migrations religieuses françaises vers l’Amérique du Nord et l’impact de celles-ci sur les territoires où elles se déploient. À cette fin, il propose trois principaux axes de recherche.

Mouvements et processus migratoires

Il s’agit de recenser les religieux·ses français·es, d’identifier les différents types de processus migratoires qui les conduisent à rejoindre l’Ouest canadien, leurs propriétés et les réseaux ecclésiastiques et/ou laïcs qui les conditionnent. Si nous connaissons relativement bien le rôle des prêtres colonisateurs dans la mise en place de chaînes migratoires entre plusieurs régions hexagonales (Bretagne, Vendée, Jura) et le Canada, qu’en est-il de l’influence des congréganistes sur leurs cercles familiaux, dans leur milieu de vie ? Un travail de comparaison entre les origines géographiques des religieux·ses français·es et des laïcs serait à même de déceler une éventuelle corrélation. Plus encore, il est question d’identifier les connexions atlantiques et nord-américaines qui en découlent. Les circulations missionnaires françaises engendrent des connexions continentales qui n’apparaissent que bien peu dans une historiographie encore largement cloisonnée par les récits nationaux. Les étudier permet de produire le récit d’une histoire nord-américaine où l’activité  missionnaire est intrinsèquement liée au processus  colonial.

Circulations

Les migrations de missionnaires sont des vecteurs majeurs de circulations culturelles matérielles (objets, livres) et immatérielles (savoirs, pratiques, représentations), notamment via les lettres et correspondances. Certaines d’entre elles ont lieu dans le cadre communautaire dans lequel les religieux.ses évoluent, qu’il s’agisse de pratiques d’évangélisation, d’objets liturgiques ou encore de méthodes d’enseignement et d’éducation. D’autres concernent les individus eux-mêmes et relèvent donc de la sphère privée. En tant que migrants, les religieux-ses entretiennent des liens épistolaires avec leur famille, mais aux lettres s’ajoutent également des objets et des livres dont l’usage dépasse parfois le cadre de leur récipiendaire. Dans les deux cas, des représentations du pays d’accueil circulent à travers les lettres et sont donc susceptibles de contribuer à de nouveaux départs, notamment dans le cadre communautaire. L’objectif consiste à mesurer toute la richesse de ces circulations et leurs diverses conséquences, tant pour les religieux·ses français·es que pour les populations qu’ils encadrent et côtoient.

Expériences migratoires

Il s’agit d’analyser la diversité des expériences résultant de la présence des missionnaires français-es  dans l’Ouest canadien à partir de leurs rencontres et des contacts qu’ils établissent avec les différentes populations locales (autochtones, métisses, migrantes), notamment francophones, qu’ils s’agisse de Canadiens français ou de Franco-Européens. Il est question de saisir les effets de l’expérience de la frontière, du contexte colonial, sur l’identité de nouveaux venus empreints de représentations issues de leur formation religieuse et tributaires d’un bagage culturel exogène. Ne plus considérer uniquement les religieux·ses français·es à l’aune de leur vocation permet d’historiciser leurs vécus au regard à la multiplicité des conditions qui les caractérise (hommes/femmes, migrant·e·s, étrangers·ères et quelquefois exilé·e·s). En comparant ces écrits entre eux, il s’agira de répondre à la question suivante : existe-t-il une dimension genrée de l’expérience migratoire chez les missionnaires ? Longtemps effacés au profit de l’institution, de la communauté, les missionnaires commencent à être envisagés et étudiés comme des individus, sans mettre pour autant de côté la tension permanente qui règne dans les congrégations entre les « identités individuelles et les loyautés collectives ».

Recherches archivistiques

Mener à bien ce projet impliquera d’entreprendre des recherches archivistiques au Canada et en France. Dans le premier cas, elles se concentreront principalement au Québec, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta au sein d’institutions de différentes natures : archives congréganistes, diocésaines, privées et publiques. Dans le second cas, les recherches auront surtout lieu à Paris, à Lyon – où se trouvent les Archives des Œuvres pontificales missionnaires et le fonds de l’Œuvre  de la Propagation de la Foi (1822-1922) – et dans l’ouest de la France, comme à Chavagnes-en-Paillers (Vendée), où se situent les archives des Ursulines de Jésus et des Fils de Marie-Immaculée (Pères de Chavagnes).

Le projet porte sur des paroisses et communautés francophones fondées au Manitoba à la suite de la création de la province en 1870. Il vise à étudier les discours en circulation sur les origines, les migrations, les rapports interethniques et inter-linguistiques, l’emploi des langues et des variétés du français, à partir de l’analyse d’un vaste corpus de français parlé, le corpus Hallion-Bédard (2008-2010). Il s’appuie également sur l’exploitation d’une large base de données qui fait la somme des documents bibliographiques et archivistiques disponibles sur les localités où a été collecté le corpus Hallion-Bédard. Cette recherche s’effectue d’abord à l’échelle de l’individu et de la famille, ensuite de la localité, et enfin propose un portrait plus général qui se veut représentatif des communautés franco-manitobaines en milieu rural.

Le corpus Hallion-Bédard a été collecté entre 2008 et 2010 dans quatre régions rurales francophones du Manitoba : la région de la Montagne (localités de Notre-Dame-de Lourdes et de Saint-Claude), celle du sud de la rivière Rouge (localités de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Joseph et de Letellier), la localité de La Broquerie et la localité de Saint-Lazare à la frontière avec la Saskatchewan. Ces communautés ont été choisies en raison de la diversité de leur peuplement francophone, susceptible de révéler des discours variés sur les expériences migratoires vécues, transmises et imaginées, dans ses dimensions narratives, linguistiques et culturelles. À l’origine, toutes ces communautés comprenaient des éléments métis, canadiens-français et franco-européens, mais leur proportion variait.

Le corpus comprend plus de 80 heures d’entrevues enregistrées numériquement, intégralement transcrites, recueillies auprès d’un échantillon de 80 participant(e)s, autant de femmes que d’hommes, dont un tiers est né avant les années 1940. Les entrevues semi-dirigées ont été menées par une locutrice d’origine franco-manitobaine à partir d’une grille de questions portant sur différents aspects de la vie quotidienne présente et passée, tels que les origines et les parcours migratoires familiaux, les activités professionnelles et économiques, les rapports interethniques, les pratiques sociales, religieuses et familiales traditionnelles, ainsi que les identités, les représentations et les usages linguistiques.

Le Répertoire bibliographique et archivistique de cinq localités du Manitoba français consiste en une large base de données de près de 400 pages qui a été tout récemment compilée sous la supervision d’Yves Frenette. Ce répertoire recense l’ensemble des études et des sources disponibles sur les localités où a été collecté le corpus Hallion-Bédard.

Ce projet tentera de répondre à plusieurs questions de recherches :

  • Quelles traces les migrations ont-elles laissées chez les descendants de 3e ou 4e génération, qui forment l’essentiel des témoins du corpus ?
  • Quels sont, au moment de l’enquête de terrain, les discours qui circulaient sur les origines, sur les migrations, les rapports interethniques et interlinguistiques, l’emploi des langues et des variétés du français, « importées » et autochtones ?
  • Quel est le rôle des institutions, en particulier de l’Église et de l’école, dans la construction d’un discours idéologique sur la langue (conservation, purisme, identification de modèles, par exemple) ? Quel est le rôle de l’origine géographique et sociale dans la construction de ce discours ?
  • Pour les communautés dont la population d’origine est à dominance franco-européenne, comme Notre-Dame-de-Lourdes et Saint-Claude, quelle était la situation linguistique en France dans les régions d’origine au moment de la migration ?
  • Quelles sont les caractéristiques linguistiques des langues et variétés de français parlées dans les localités d’enquête qui peuvent se rattacher aux origines migratoires des témoins ? Sont-elles toujours d’un usage courant dans le réseau familial, la communauté ou constituent-elles des « vestiges » d’un état de langue plus ancien ?

Ce projet comprend la rédaction de monographies sur les localités à l’étude ainsi que la réalisation de pages WEB où seront présentés des extraits d’entrevue commentés et les résultats de la recherche, sous une forme accessible aux non-spécialistes. L’exploitation de documents d’archives permettra également de concevoir une diffusion de la recherche moins traditionnelle comme, par exemple, en ayant recours à la reconstitution en 3D de l’occupation des terres.

Entre 1840 et 1930, près d’un million de Canadiens français ont quitté le Québec pour se rendre aux États-Unis. Moins de la moitié sont revenus au Québec. Ce phénomène migratoire, cette saignée démographique qui a touché le Québec et marqué son évolution a été depuis les trente dernières années largement étudié.

Cette étude propose d’attirer l’attention sur une destination qui fut certes moins attrayante, mais tout aussi révélatrice de la forte mobilité dont les Canadiens français ont fait preuve sur le continent, soit leur migration vers le Dakota du Nord. Il s’agira de situer cette migration dans un cadre d’analyse plus large, soit celui de la mouvance des Canadiens français, en expliquant en quoi diverses expériences migratoires, que ce soit à travers la traite des fourrures ou même le mouvement vers la Nouvelle-Angleterre ont pu avoir un impact sur celle qui s’est dessinée vers le Dakota du Nord. Nous tenterons aussi de préciser le rôle joué par les Métis et les Canadiens français dans la création et dans le développement de plusieurs communautés de la région, en retraçant leurs itinéraires et en soulignant leur intégration socio-économique.

Le Dakota du Nord constitue une région où la présence canadienne-française s’est articulée de manière différente, voire originale par rapport aux autres régions d’émigration. Cette région fut d’abord habitée par des Amérindiens et, avec le refoulement de la frontière de la traite des fourrures vers la fin du 19e siècle, a vu arriver un premier contingent de Canadiens français qui ont pris corps avec ces communautés autochtones, et qui , par le biais du métissage,  ont créé des communautés   dont le mode de vie était basé sur le commerce. Une deuxième vague migratoire à partir du Québec et d’ailleurs aux États-Unis, particulièrement de la Nouvelle-Angleterre, a pris forme vers 1880. Ces Canadiens français ont rejoint des communautés métisses, alors que d’autres ont été pionniers et se sont investis dans l’agriculture.

C’est dans ce contexte d’élargissement du domaine de recherche qui a été et continue d’être encore si dynamique et révélateur de la grande mobilité des Canadiens français sur le continent que ce projet de recherche propose d’examiner : la migration des Canadiens français vers le Dakota du Nord ; les lieux d’origine des migrants ; les itinéraires empruntés ; les réseaux migratoires qui lient le Québec, la Nouvelle-Angleterre, le Midwest, l’Ouest canadien au Dakota du Nord ; l’intégration économique des migrants ; l’intégration sociale des migrants et la création de communautés ; les institutions que les migrants ont mises en place ; les raisons du déclin de ces communautés.

Pacifique Nord-Ouest


The Francophone Northwest History Conference was scheduled for June 18-20 at Whitman College in Walla Walla, Washington, USA. This international conference would have been open to all persons interested in the history of French-speaking peoples and associated tribes in the West. However, due to the restrictions linked with the coronavirus epidemic, the conference had to be cancelled or postponed. Should the conference take place at a later date, the journal Histoire sociale / Social History has expressed an interest to publish conference elements in some way.

An exhibit had been developed to accompany the conference and was to be on display in the Maxey Museum from March 2020 through the conference in June 2020. Instead, the exhibit will become a virtual exhibit. The exhibit is developed in collaboration with Tamástslikt Cultural Institute of the Confederated Tribes of the Umatilla Indian Reservation (CTUIR). The exhibit is also highlighting elements from the Northwest Archives and family collections to tell the story of Francophone migration to the Walla Walla valley.

The next step will be the electronic edition of three significant collections of francophone immigrant letters housed in the Northwest Archives, together totalling nearly a thousand documents. These documents are not disparate fragments, but concentrated in three family correspondences: the Moxee collection (~160 letters), which documents a secondary migration of French-Canadian families from Polk County, Minnesota to the Yakima valley in Washington state in the 1890s; the Bergevin collection (~170 letters in French, plus several hundred in English) which documents a French-Canadian extended family relationship with relatives back in Quebec as well as across the inland mountain region of the West, ~1880-1920; and finally the Berney-Rochat collection (300+ letters), which extensively documents a group of Protestant Swiss immigrants to the Walla Walla area beginning in 1875.

The digital edition and translation of these collections will make exceptional content in the field of immigrant letters accessible to researchers across disciplines, creating an online, bilingual primary source document for new research in population and migration studies, social history, ethnic and identity studies, anthropology, communication studies, literary studies, and linguistics. Specific areas of investigation that will directly benefit from this edition include the cultural and linguistic Americanization of first and second-generation immigrants, settlement and mobility in the age of the railroad, kin and migration networks, the interaction of gender and authorship in 19th-century immigrant communities, and the articulation between individual and social identity in the ethnic history of the United States.

A significant part of the richness of these collections lies in the possibility of accessing the “voices” of women, children, and sub or marginally literate individuals, voices generally absent from the historical record. The Moxee and Bergevin collections contain a broad range of examples of near-illiterate and semi-literate writing by American speakers of Laurentian French at the turn of the 20th century. The letters document a specific moment in the geographic and generational transition between first and second language in this community, in which the written language abilities of the parents and siblings map their ages to their places of birth and education. The Berney-Rochat collection likewise contains a large number of letters written by women, but documents a very different path, that of educated Protestant Darbyists seeking a place to establish and practice their faith.

Le choix d’étudier les données démographiques pour comprendre l’implantation des communautés francophones et l’interaction entre groupes culturels en milieu anglophone se justifie en raison de l’absence d’études sur la population francophone en Colombie-Britannique, avant la période contemporaine (1960 à nos jours). Les migrations francophones dans la province n’ont pas donné lieu à une étude systématique sur la période 1871-1931.

Le choix de cette période pour étudier la migration francophone vers la Colombie-Britannique se justifie également en termes de vagues migratoires. Elle commence en 1871, année de l’entrée de la province dans la Confédération. À cette occasion un premier recensement de la population est effectué. L’année 1871 correspond également au début de la période dite des grandes migrations transatlantiques dont la Colombie-Britannique bénéficie comme le reste du Canada. La période étudiée s’étend jusqu’au recensement de 1931 qui fait suite à un début de crise économique en Europe et en Amérique du Nord, donnant lieu à une autre vague migratoire, d’origine européenne certes, mais surtout d’origine canadienne.

L’originalité de cette recherche tient également au fait que, tout en tenant compte de l’origine nationale des migrants francophones, elle pourra observer l’émergence ou la non émergence de communautés francophones. Si de telles communautés ont existé entre 1871 et 1931, sont-elles nées de rassemblements spontanés de migrants ou ces derniers ont-ils adopté des stratégies d’intégration ou de survie culturelle selon leur origine nationale ? Si des communautés francophones se sont créées en Colombie-Britannique à la fin du XIXe siècle, qu’en reste-t-il en 1931. Il s’agit de combler un vide historiographique sur l’histoire des migrations dans la province de la Colombie-Britannique, plus particulièrement celle des francophones dans cette province.

Amérique du Nord


Danielle Gauvreau propose une étude s’articulant autour du travail de Marc Saint-Hilaire sur les « Francophones en Amérique : effectifs et mouvements d’ensemble vus à partir de l’état civil et des recensements (1640-1940) », qui vise à établir le portrait d’ensemble des francophones en Amérique du Nord à l’aide de sources statistiques et à fournir la base statistique nécessaire pour les chantiers du projet de partenariat.

Cette étude rejoint également la thématique des migrations, par l’élargissement des travaux actuels dans le cadre du projet Savoir « Du Québec aux États-Unis » à l’ensemble du Canada. Cette démarche permettra de saisir l’ensemble des mouvements des Canadiens français à l’échelle nord-américaine. Elle portera en particulier sur le déploiement de ces mouvements dans des aires de colonisation ou de développement industriel, et s’intéressera au corollaire de cette mobilité, soit la sédentarité ou encore la mobilité rural-rural ou urbain-urbain. Ces analyses seront menées à différentes échelles, nationale mais aussi provinciale et régionale.

En l’absence de recensements en amont de 1850, tous les efforts doivent être faits pour tirer parti des données des recensements de 1851 au Canada et de 1850 aux États-Unis, qui permettent d’établir un premier bilan statistique des populations de Canadiens français en Amérique du Nord. Les données du fichier BALSAC sont aussi très précieuses pour remonter avant le milieu du 19e siècle. Un sous-ensemble des données concernant les émigrants canadiens-français aux États-Unis en 1850 sera jumelé à l’état civil québécois (BALSAC et Infrastructure intégrée des microdonnées historiques de la population québécoise, IMPQ). Ce travail constituera un complément à celui déjà prévu dans le projet « Du Québec aux États-Unis » pour les recensements de 1880, 1900 et 1920. Il vise à raccrocher, dans la mesure du possible, ces émigrants à leur lieu d’origine et à l’histoire migratoire familiale, telle qu’elle peut être cernée par l’état civil québécois.

Sera rédigé un article qui réévaluera une certaine typologie de la migration canadienne-française ainsi que la situation sociodémographique des francophones en Amérique du Nord selon certains paramètres: mobilité-sédentarité, migrations de colonisation versus migrations industrielles, à l’aune de plusieurs échelles géographiques et temporelles.

Kris Inwood is interested principally in the themes of migration, inter-marriage, language, cultural identity and the role of WWI in mobility. The Francophone and Francophone-ancestry populations of Ontario and Western Canada are of particular interest although a comparison of Francophones who remained within Quebec against those who left will be useful.

In each of the research areas, Kris Inwood privileges generalizations based on a longitudinal perspective (i.e., using the entire life-course, over a multitude of individual lifetimes) and patterns that cross generations (e.g., intergenerational social mobility, language retention of children whose parents made different marriage or migration choices). The life outcomes of principal analytical interest for the research below are social status (occupation), earnings and language retention (or acquisition), although any characteristic for which evidence is available may be of interest (including longevity and migration).

The census is the single most important source for the research areas outlined below. The genealogical records, military service records, prison registers and marriage records may also all be useful, in some carefully defined ways, as complements to census data.

Each of the research areas builds on a prior identification of who is Francophone or has Francophone ancestry. The empirical recognition of identity in historical sources is itself a research topic, although in practice it is pursued as a dimension of the topics reviewed below. Migration income levels in Quebec, absolutely and relative to those elsewhere on the continent, varied over time and within the population. Nevertheless, because income was lower in Quebec, there was a persistent tendency for net emigration.

Variation in the intensity of emigration over time and across social groups within Quebec is not yet well understood. Influences such as fertility decline within Quebec, the marked acceleration of employment opportunities elsewhere around 1900 and the social disruption of WWI are likely to be important. It will be useful to distinguish three ‘streams’ – emigration from Quebec and Acadia to Ontario and Western Canada, movements within Ontario and Western Canada (e.g. from Eastern Ontario to Manitoba to locations further West) and migration to the US from locations within Quebec, Ontario and Western Canada. We focus on Ontario, the US Midwest and Western Canada because the study of a fourth stream, movement to New England, is already well underway.

The relevant data here are principally complete count census micro data 1852-1921, although parish registers are needed to identify the origins of the earliest emigrants. Francophones experienced a penalty in the Canadian labour market (in terms of both occupational choice and earnings). Thus, some modelling of the labour market penalty is a first step toward the analysis of who migrates and whether or not migration mitigated (or enhanced) the penalty.

Assessing the consequences of moving requires careful accounting for selectivity of migration and comparison with a control group of those who did not move. We are interested to assess the consequences of moving for social status/occupation, first language of children, religion, marriage partners and those of children, education, and public identification as French-Canadians or Metis. There is particular interest in understanding the consequences of migration for the Francophone labour market penalty and for intergenerational language retention. More broadly, it will be interesting if patterns in Northern Ontario more closely resemble Manitoba or those of Eastern and Southern Ontario.

There has been only limited documentation of the marriage choices of Francophones outside of Quebec. For this crucial question we are able to build on genealogical reconstructions (especially in Manitoba) and the Ontario marriage database developed by Fabio Mendes. A full analysis of inter-marriage requires that evidence of marital unions from census and marriage records be validated with census evidence of individual characteristics before marriage (because couples ‘harmonize’ their characteristics for the marriage act and subsequently). The most fundamental analytical question is why some people married outside their Church or language group, and others did not. What were the trade-offs against other forms of exogamy (social class, geography, age)? In what circumstances did Francophones outside Quebec ‘reach back’ to seek marriage partners in Quebec? There is particular interest in marriages involving First Nations, Indians and Metis in Northern Ontario and the Western provinces.

Ultimately, we want to demonstrate whether marriage to non-Francophones mitigated the Francophone labour market penalty or whether it exposed them to greater discrimination. And the same question arises for the children (and potentially grand-children) of mixed marriages.

Jean Martin’s demonstration of the full extent of military service by Francophones (many already living outside Quebec) points to the importance of determining who served versus who did not (another ‘selection’), the timing of enlistment and the interruptions to Francophone education, emigration and the acquisition of work experience. Pre-war data are needed to understand likely school and work patterns in the absence of war and to identify what kinds of men were most likely to enlist. Analysis of who lived against those who died in the war is already underway. The short-term effects of disrupted work and schooling will be visible in the 1921 census evidence of surviving soldiers (1920 US census for some). Longer term effects can be examined with genealogical data.

Ce projet a pour objectif de documenter les éléments qui rendent compte de l’effet des importantes vagues migratoires internationales sur le phénomène de « métissage », phénomène qui a traversé la société canadienne-française ou franco-canadienne depuis la fin du XIXe siècle. Dans la foulée de différents débats sur des enjeux de sociétés (Commission Bouchard-Taylor, Charte des valeurs, etc.), certains groupes et intervenants dans l’espace public relancent l’idée d’une population canadienne-française supposément « pure » et qui se serait reproduite sans contact avec les immigrants. Les quelques travaux déjà menés et à venir pourraient révéler une réalité plus complexe.

Depuis le milieu du XIXe siècle, la Canada a en effet été traversé par des vagues migratoires majeures qui, dans les espaces francophones du pays et notamment au Québec, ont assurément modifié le tissu social.  Par exemple, on retrouve dans les cimetières de villages supposément très canadiens-français de la Beauce des pierres tombales en arabe, témoignages du passage et de l’installation des premiers migrants syriens à la fin du XIXe siècle. En parallèle, les mariages entre Canadiens français et Irlandais à Québec étaient également importants. Enfin, à la suite de la guerre de Sécession (1861-1865), le Canada a été la terre d’accueil de descendants d’esclaves. Quoiqu’en nombre très faible par rapport à l’Ontario et la Nouvelle-Écosse, ces descendants afro-américains ont laissé des traces de leur implantation, et ce jusqu’à Rimouski en 1881.

Mes travaux seront consacrés à ces dimensions, notamment à travers l’exploitation des données des recensements de 1881 à 1941.  En m’appuyant entre autres sur les données du recensement de 1891 – le premier à retenir des questions sur le lieu de naissance du père et de la mère de chacune des personnes recensées, des questions sur le pays de naissance des individus, sur l’origine ethnique, sur la langue et bien d’autres – il sera possible de mieux circonscrire les éléments qui peuvent laissée croire à une population francophone possiblement tricotée moins serrée qu’on ne le prétend ou que certains le souhaiteraient.

Ce projet s’articulera autour de trois thèmes principaux: Le métissage au Québec avant 1840 ; la présence de populations d’origine africaine au Québec et au Canada avant le début du XXe siècle ; les limites conceptuelles et théoriques liées aux sources de données que sont les recensements canadiens entre1840 et 1960.

Le terme Canadien-français (French Canadian), désigne les Canadiens d’origine française. Il peut paraître paradoxal de parler de métissage au sein même de ce groupe défini par une origine dite unique. Pourtant, plusieurs travaux montrent que l’on retrouve, au sein même de ce groupe, des individus provenant d’origines autres que françaises. Il s’agira donc de faire le point sur les travaux publiés concernant les origines variées des premières personnes qui se sont établies au Québec dès le début de la colonisation française et jusqu’au milieu du XIXe siècle. On souhaiterait, dans la même veine, examiner les origines des premiers colons venus de France et surtout de débusquer les « faux Français ».

Par ailleurs, de plus en plus de travaux s’intéressent à la présence noire au Québec. L’historien et chanteur Aly Ndiaye, alias Webster, est l’un des principaux animateurs d’un mouvement dit d’afro-descendants qui revendique un réexamen de l’histoire du Québec, de façon à mieux affirmer la présence noire depuis la Nouvelle-France. L’exposition Fugitifs de Webster à l’été 2019 au Musée national des beaux-arts du Québec illustre parfaitement les travaux fort intéressants de jeunes historiens et d’autres chercheurs sur ce sujet. Certains travaux à partir des données du recensement de 1881 conduisent plutôt à relever une question bien différente : comment se fait-il, au contraire que, suivant la guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865) ayant donné lieu à l’arrivée de plus de 20 000 Africain-Américains au Canada, on en retrouve si peu (moins de 100) au Québec? 

Enfin, les recensements canadiens que nous proposons d’exploiter sur la thématique retenue (Tricotés pas si serrés ?) nous obligent à procéder en amont à un examen approfondi des limites théoriques de nos travaux à venir, limites liées aux concepts et définitions utilisés dans le cadre des recensements de 1881 à 1941 pour définir la race ou l’origine ethnique, ou encore le lieu de naissance de la personne et/ou de ses parents.  Nous procéderons donc à un examen attentif des guides et instructions données aux agents recenseurs et autres, mais aussi aux métadonnées entourant chacun des sept recensements qui seront exploités.

Ce projet comprend trois objectifs principaux : établir les effectifs et les mouvements d’ensemble des francophones de toutes origines sur le continent entre le milieu du 17e siècle et le milieu du 20e; valoriser l’information géographique présente dans les données d’état civil ; doter les participants et la communauté des chercheurs d’outils améliorés de jumelage nominatif aux bases de micro-données de population

La recherche entreprise dans le cadre des trois axes du Partenariat – migrations, circulations et récits – mettra en valeur les ressources numériques rassemblées depuis une cinquantaine d’années par diverses équipes universitaires. Sur le plan démographique, ces ressources consistent principalement dans le fichier de population BALSAC et l’IMPQ ou Infrastructure intégrée des micro-données historiques de la population québécoise (état civil), recouvrant toute la période d’étude pour la population du Québec, et les bases de micro-données censitaires canadiennes et états-uniennes, pour la période 1850-1940 (100 % des individus). Le projet soumis ici vise à traiter de manière systématique ces ensembles de données pour d’un côté alimenter les travaux du premier axe et, de l’autre, offrir des éléments de contexte (des référentiels de base) aux travaux des deux autres axes. Pour faciliter les travaux conduits à échelle sociale fine (individus, familles, ménages) au sein d’un axe ou l’autre, le projet vise également à améliorer les outils de jumelage nominatif mis au point à BALSAC pour associer les données censitaires à l’état civil. Enfin, l’information géographique contenue dans le fichier BALSAC (résidences déclarées par les personnes mentionnées dans les actes) sera géo-référencée pour raffiner les échelles de traitement spatial des ressources documentaires utilisées. Au final, les participants disposeront d’un ensemble de données permettant de circonscrire à diverses échelles les groupes francophones faisant l’objet de la recherche et d’outils d’utilité générale pour les exploiter.

Effectifs et mouvements d’ensemble

Données censitaires canadiennes. L’ensemble des données pour la période 1851 à 1881 sera bientôt disponible. Le tout sera géo-référencé à l’échelle de la subdivision de recensement (SDR : municipalité ou l’équivalent). Les fichiers géographiques pour toutes les années seront aussi complétés bientôt, rendant la cartographie possible. Nous serons ainsi en mesure de compiler, croiser et cartographier les informations relatives au lieu de naissance (1851-1921), à la religion (1851-1921), à l’origine ethnique (1871-1881; 1901-1921) et à la langue (1901-1921) à échelle locale ou sous-régionale. Il sera donc possible de circonscrire la population francophone et son évolution ainsi que d’aborder entre autres les questions de sa distribution spatiale et sociale, d’appartenance ethno-religieuse, d’usage de la langue et de transfert linguistique. La séquence des lieux de naissance dans les familles informera de plus sur les itinéraires migratoires. Par ailleurs, dans une optique méthodologique, nous pourrons appliquer le contenu d’un dictionnaire des patronymes canadiens-français au corpus canadien, ce qui ouvre d’excellentes perspectives comparatives avec les États-Unis, tout en attestant de son efficacité.      

Données censitaires états-uniennes. Le traitement géographique sera toutefois moins raffiné que pour les données canadiennes, les références spatiales n’allant pas en-deçà du comté, échelle pour laquelle le National Historical GIS d’IPUMS dispose également des fichiers géographiques. Nous serons néanmoins en mesure de compiler, croiser et cartographier à cette échelle les informations relatives au lieu de naissance (1850-1920; plus celui des parents en 1900-1940), et à la langue (1900-1940). Idéalement, nous appliquerions le dictionnaire des patronymes aux recensements de 1850-1880 et 1920-1940 pour compléter sa critique et assurer la comparabilité avec les données canadiennes.    

Effectifs et mouvements d’ensemble : complément et géo-référencement des informations géographiques contenues dans l’état civil

Les résidences déclarées dans l’état civil révèlent les échanges démographiques entre le Québec et le reste du continent. Le projet BALSAC a développé au cours des ans un répertoire élaboré des lieux de résidence déclarés dans ces actes. À l’échelle locale, les toponymes au Québec ont été regroupés en unités spatiales correspondant approximativement à la municipalité (unité résidentielle de base, ou URB) et géo-référencées à cette échelle pour la quasi-totalité. Le projet i-BALSAC, une infrastructure multisectorielle pour une cartographie haute-résolution de la population franco-canadienne (1621-1971), piloté par Hélène Vézina, complétera ce géo-référencement et ajustera la géographie de l’état civil, tant pour les lieux d’enregistrement que pour les résidences déclarées sur le territoire québécois du XVIIe au XXe siècle. Pour les résidences nord-américaines à l’extérieur du Québec (touchant près de 5 % des mariages), le traitement vise à préciser les toponymes à l’échelle la plus fine et à géo-référencer les résidences déclarées à l’échelle locale. Il sera ainsi possible de restituer les aires d’échanges démographiques mettant en relation la localité québécoise avec celle hors Québec. S’agissant de données longitudinales par famille, il sera aussi possible de reconstituer les itinéraires résidentiels des couples.

Outils de jumelage

Aux fins de la création de données biographiques enrichies des individus et des familles, BALSAC a développé ces dernières années un programme de jumelage pour associer les données nominatives des recensements à celles des actes d’état civil. Ce programme reproduit les principes présidant au jumelage entre les actes d’état civil paramétrés par certaines informations circonstancielles : écart chronologique entre les évènements, sexe, âge, état matrimonial. Ces informations, complétées accessoirement par la résidence et la profession, fondent l’ordonnancement des unités candidates au jumelage soumises au préposé au jumelage qui prend la décision finale.

Ce projet de jumelage prévoit des activités regroupées en quatre volets distincts.

Jumelage entre les recensements canadiens et américains et l’état civil québécois

Les travaux de jumelage des données des recensements canadiens et américains avec celles de l’état civil qui seront réalisés au cours des sept années du projet de partenariat seront effectués à BALSAC. Concrètement, il s’agira de la mise en forme des données de recensement en vue du jumelage, de la formation et supervision des préposés au jumelage, de la validation et analyse des résultats, ainsi que de l’ajustement des paramètres de jumelage.

Le nouveau programme de jumelage automatique permettra de réaliser autour de 60 % des jumelages sans l’intervention d’un préposé, tout en conservant leur qualité et leur fiabilité. Ces travaux de jumelage sont actuellement prévus sur des échantillons de Canadiens français identifiés dans les recensements américains de 1850 et de 1940.

Tous les résultats de jumelage seront analysés afin d’évaluer les taux de succès en fonction de divers critères. Ceci permettra d’une part d’apporter les ajustements nécessaires au programme afin d’optimiser le rendement, mais aussi de déceler et d’évaluer les biais potentiels et de produire pour les utilisateurs la documentation permettant d’interpréter leurs résultats en prenant en compte ces biais.

Mentionnons également que les jumelages entre les données d’état civil du Québec et les données canadiennes ou américaines exigent souvent de retracer des évènements d’état civil célébrés dans des paroisses canadiennes (hors Québec) ou américaines. Plus on avance dans le temps et plus on augmente la probabilité de travailler avec des migrations plus anciennes qui nous amènent à faire ce genre de recherche dans des sources telles que BMS2000 ou Ancestry. Ce premier volet prévoit donc des démarches afin de voir la possibilité d’intégrer de façon plus systématique dans BALSAC des données d’état civil provenant des provinces canadiennes autres que le Québec ou des États-Unis.

Poursuite et approfondissement des travaux sur la contribution de BALSAC et l’Infrastructure intégrée des microdonnées historiques de la population québécoise (IMPQ) à l’étude des migrations francophones en Amérique du Nord

Les travaux réalisés pendant un projet précédent ont permis d’élaborer une démarche de repérage des Canadiens-français ayant déclaré une résidence hors Québec dans les actes de mariage du fichier BALSAC montrant ainsi l’intérêt de celui-ci pour l’étude des migrations francophones. Il reste beaucoup de travail à réaliser pour poursuivre l’étude des parcours migratoires des individus repérés. Il est possible, d’une part, d’examiner la mobilité individuelle en comparant les résidences déclarées par les conjoints à leur mariage à celles déclarées au mariage de leurs enfants. D’autre part, il sera aussi intéressant de se pencher sur la mobilité intergénérationnelle en comparant les résidences déclarées par les conjoints et par leurs parents au moment du mariage. Pour l’instant, ces aspects ont été abordés de façon exploratoire, mais il reste à en réaliser une analyse fine à l’aide de méthodes d’analyse des données longitudinales.

La recherche prévoit aussi de mettre à profit les informations provenant de l’IMPQ ainsi que des jumelages réalisés entre BALSAC et les recensements américains dans le cadre d’un précédent projet (Manchester 1880, 1910) et ceux qui seront effectués avec les recensements canadiens et américains dans le cadre du projet « Trois siècles de migrations… » et d’un sous-projet piloté par Danielle Gauvreau (Université Concordia). Ceci permettra d’approfondir les analyses sur les parcours migratoires en portant une attention particulière aux actes de mariages des couples repérés dans les recensements et en nous appuyant sur les informations contenues dans les recensements comme le lieu de naissance et l’année de la migration.

Migrations interrégionales des Canadiens français au Québec

Il s’agira également de s’intéresser aux migrations interrégionales au Québec à partir de la perspective offerte par le fichier BALSAC et par l’IMPQ. Des analyses préliminaires montrent une mobilité importante à l’échelle des régions tant sur le plan de la mobilité des individus au cours de leur vie que sur celui de la mobilité intergénérationnelle (parents-enfants). Comme BALSAC permet de reconstruire les lignées généalogiques sur plusieurs générations, il sera même possible d’analyser la mobilité sur plusieurs générations.

De plus, il sera pertinent? de se pencher plus particulièrement sur les individus ou les familles où on peut identifier au moins un épisode de migration hors Québec afin de voir si la mobilité à l’intérieur du Québec et les migrations vers l’extérieur du Québec peuvent s’inscrire au sein d’une dynamique qui serait plus spécifique à certains sous-groupes.

Le Saguenay

La région du Saguenay-Lac-St-Jean (SLSJ) est une des régions sélectionnées pour y développer des activités spécifiques. Il sera question d’un projet de type science citoyenne ou participative dans l’esprit de celui réalisé par Don Lafreniere et Sara Scarlett dans la péninsule du Keweenaw. L’usine Price de Kénogami a été évoquée. Il y aurait certainement un intérêt à traiter des migrations liées à l’implantation de l’usine. Ceci pourrait fournir une illustration très intéressante des migrations de travail à l’ère industrielle. On sait notamment que plusieurs Acadiens sont venus s’installer dans la région pour travailler à l’usine Price.

À l’échelle du Québec, le SLSJ est certainement la région qui dispose des données démo-historiques les plus complètes. De plus, plusieurs fichiers ont été constitués principalement dans les années 1970 et 1980 à BALSAC sur divers sujets touchant l’histoire sociale.

Europe – Amérique du Nord


Anthologie « Raconter la migration »

Le but principal de cette anthologie consiste à prendre en compte des récits inédits ou très peu diffusés et d’en reproduire les extraits les plus significatifs tout en les faisant précéder d’une notice biographique de chacun des auteurs. Ce choix diffère de celui des anthologies classiques en ce qu’il élargit les approches de l’altérité culturelle et de ses représentations à divers milieux sociaux, et non pas aux seuls gens de lettres. Par récit, nous entendons une forme d’objectivation ethnographique au cœur de l’activité discursive consistant à narrer les péripéties d’un voyage, ce qui revient à nommer et à décrire les lieux parcourus et les personnes rencontrées. Nous insistons sur cette dimension ethnographique afin que la notion de récit ne soit pas apparentée uniquement à son usage structuraliste, comme c’est souvent le cas en études littéraires

En matière de récits de voyage, on considère aujourd’hui que les exclus de la librairie et les auteurs confinés dans un relatif anonymat sont des acteurs historiques à part entière, dont il faut tenir compte. Leurs textes doivent être étudiés en ce qu’ils révèlent d’autres modes de mobilité géographique et d’autres visions de l’altérité par apport à ceux des explorateurs ou voyageurs mieux connus. Il convient de les examiner en eux-mêmes, avant de les confronter à ceux que l’histoire de la littérature a retenus.

Les voyages d’agrément ou touristiques peuvent répondre à une curiosité envers des populations et des lieux plus ou moins aisément accessibles. Le désir de connaître l’autre et de vivre momentanément dans des contextes étrangers s’accompagne parfois d’une visée thérapeutique, étant donné les problèmes de santé de certains voyageurs. L’histoire du tourisme au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe montre que la plupart des voyageurs mettent davantage l’accent sur les paysages physiques. Ce parti pris n’est pas sans lien avec une certaine négation de «l’autre», plus ou moins folklorisé selon les lectures et les discussions antérieures des voyageurs.

Les études sont un autre motif de déplacement. Les voyageurs se retrouvent ici en milieu urbain, généralement dans des villes universitaires qui sont des foyers d’attraction culturelle, comme Boston ou Paris.

Une troisième grande catégorie recouvre les migrations économiques, qu’elles soient de maintien ou de rupture. Un esprit d’aventure peut favoriser les migrations de ce type, mais ce n’est pas systématiquement le cas. En tout état de cause, le désir d’aventure imprègne aussi d’autres déplacements: ce n’est donc pas un facteur discriminant. Par exemple, il peut cohabiter avec un désir de faire fortune, comme c’est le cas dans les ruées vers l’or.

Des motivations politiques ou religieuses entraînent également des cas particuliers de mobilité, quand bien même il ne s’agit pas ici à proprement parler de persécutions. On le constate pour beaucoup de migrants catholiques français qui fuient l’anticléricalisme de la IIIe République: ils imaginent une société (le Canada et parfois les États-Unis) qui sera plus accueillante à leur égard et en concordance avec leur foi. Le cas opposé est également envisageable: des républicains français sont amenés à s’exiler pour des motifs politiques, certains se trouvant sous le coup de poursuites judiciaires.

D’autres encore cherchent un épanouissement personnel, soit pour faire fructifier leur parcours scolaire et professionnel, soit au nom d’une vocation affichée ou d’une vision utopique.

Objectif et répartition des sources

Outre des monographies portant sur chacun des récits, il s’agira de produire un document de synthèse. L’objectif consiste à comparer les récits sélectionnés qui concernent pour la majorité la Prairie, mais portent également sur la Nouvelle-Angleterre, le Québec et le Pacifique Nord-Ouest. In fine, le document de synthèse doit permettre de dégager, conjointement, des types de récits et des figures de migrants. Cette démarche typologique vise à brosser un tableau synoptique des migrations de l’ère industrielle de l’Europe vers le Canada et du Canada vers les États-Unis : son originalité tiendra au fait qu’il sera basé sur des textes autobiographiques rédigés par des immigrés ou leurs descendants (journaux personnels, relations épistolaires, fictions, etc.).

On peut distinguer cinq types de documents : des journaux personnels ayant fait l’objet d’une publication, des journaux personnels inédits, des lettres ayant fait l’objet d’une publication, des lettres inédites et des textes fictionnels.

Le projet est mené en partenariat avec l’association La Loure, association de référence pour la collecte et la valorisation du patrimoine oral en Normandie, membre de la FAMDT (Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles) et pôle associé de la Bibliothèque nationale de France. Il est principalement porté par Éva Guillorel (Université de Rennes II) et Yvon Davy (La Loure).

L’objectif de est de mettre en évidence les liens de « cousinage » qui existent entre le répertoire chanté de tradition orale en Normandie, avec des échos plus larges en France et en Amérique du Nord, en englobant tous les espaces francophones, à travers la présentation et l’analyse d’un répertoire commenté. Une telle démarche implique de réfléchir aux circulations culturelles dans l’espace atlantique et sur le continent américain depuis l’époque coloniale et au fonctionnement de la transmission et de la mémoire orale sur le temps long. Elle invite à une réflexion comparative entre les répertoires recueillis dans une perspective ethnologique, ethnomusicologique et historique.

L’originalité de cette approche est la mise en parallèle de versions de mêmes chansons en comparant des chansons de tradition orale recueillies en Normandie et en Amérique francophone pour en montrer à la fois les proximités narratives et musicales, ainsi que les spécificités propres qui se sont développées en Amérique du Nord. Cela implique de remettre en contexte l’histoire des circulations démographiques et culturelles au départ de la Normandie, en particulier vers le Québec, pour bien définir le concept de « cousinage » dans le domaine des cultures orales.

En dehors de quelques études de cas au sein de milieux spécialisés, les circulations de répertoire oral sont mal connues d’un public plus large, alors que les chansons de tradition orale en elles-mêmes font paradoxalement partie d’un héritage culturel reconnu, plus en Amérique francophone qu’en Normandie d’ailleurs. Les chansons aujourd’hui connues sont surtout celles qui sont popularisées par des groupes sur le devant de la scène : le projet souhaite proposer un retour aux sources ethnographiques à l’origine de ces répertoires et faire connaître le répertoire de Normandie en Amérique française. Les apports sont pensés pour bénéficier à un large public dépassant les milieux universitaires.

L’objectif est la publication d’une anthologie de chansons sur les « cousinages » entre Normandie et Amérique francophone. Elle prendra la forme d’un livre synthétique largement illustré et accompagné de support sonore à l’intention du grand public. Le livre comportera une introduction analytique présentant une synthèse sur l’histoire des migrations et circulations culturelles Normandie/France-Amérique du Nord, les mécanismes de circulation et de transmission mémorielle, les caractéristiques des répertoires chantés – similarités et différences selon les variantes régionales – et la présentation des grandes collections ethnographiques sur ces espaces. Puis une sélection d’une trentaine de chansons, avec mise en parallèle d’une version normande et d’une version nord-américaine, sera proposée, avec pour chaque chanson un chapeau introductif sur l’interprète, le contexte de collecte, l’intérêt de la chanson, ainsi que le texte et la partition musicale qui renverront au support sonore écoutable.

L’originalité de ce projet consiste à proposer une synthèse sur l’immigration belge au Canada avant 1940. L’ensemble de ce travail mettra en exergue les particularités d’une migration longtemps négligée par l’historiographie canadienne et américaine, parce qu’elle fut tout à la fois peu volumineuse, peu visible et que les petites communautés belges se fondirent rapidement dans la population nord-américaine. La recherche mettra l’accent sur leur contribution particulière au développement des francophonies nord-américaines, tout en étant attentive au fait qu’une bonne partie de ces migrants n’était pas de langue française. 

Certaines activités de recherche seront réalisées d’ici la date de mi-parcours du projet, dont le classement du fonds Cornelius Jaenen. Depuis les années 1980 et pendant plus de trois décennies, l’historien Cornelius Jaenen a consacré beaucoup de temps et d’énergie à rassembler une documentation considérable sur l’immigration belge au Canada et à rencontrer des descendants d’immigrants établis dans l’ouest du pays. Ces recherches ont donné lieu à plusieurs publications et l’ensemble de la documentation réunie a été déposée aux archives de la Société historique de Saint-Boniface.

Un état des lieux des recherches menées à ce jour sur l’histoire de l’immigration belge en Amérique du Nord sera produit.

Nous travaillerons également à produire un portrait des immigrants belges ayant embarqué à Anvers à la fin du XIXe siècle. À partir de l’analyse des archives du ministère belge des Affaires étrangères, une étude spécifique des listes de voyageurs embarquant vers l’Amérique du Nord à cette époque permettront d’esquisser un portrait global des Belges qui déclarent le Canada ou les États-Unis comme destination finale.

Enfin, quelques études de cas plus spécifiques seront menées afin de cerner au plus près l’expérience belge en Amérique du Nord. Il s’agira d’abord d’une analyse de la présence belge à Montréal, réalisée notamment à partir des recensements canadiens et des actes d’état civil québécois (projet Balsac, dirigé par Hélène Vézina). Ensuite, il y aura l’étude de l’implantation belge et sa mémoire dans les villages de Saint-Alphonse et Bruxelles, au Manitoba. Enfin, nous procéderons à une analyse plus spécifique de récits de migrants belges dans l’Ouest, notamment celui d’André Castelein de la Lande.

Ces études de cas seront recadrées au sein d’un portrait global de l’immigration belge en Amérique du Nord à partir de l’exploitation des recensements canadiens et américains. Ce volet sera réalisé en collaboration avec l’équipe rassemblée par Marc St-Hilaire pour cartographier et analyser les mouvements d’ensemble des francophones sur le continent.

Une analyse comparative du projet de partenariat « Trois siècles de migrations francophones… » aux études existantes portant sur le peuplement et les migrations de l’Eurasie nous permettra de mieux dégager de nouvelles pistes de réflexion et des conclusions sur la spécificité de ce phénomène historique.

Notre connaissance de l’histoire globale des migrations et circulations culturelles en Eurasie et en Asie du Sud-Est nous permet de souligner quelles ont été les questions qui ont guidé les recherches sur les migrations et circulations culturelles de l’empire chinois et vietnamien. Ces recherches, leurs pistes de réflexion et leurs conclusions nous permettront ensuite de faire une analyse des travaux effectués dans le cadre du projet de partenariat. Les études que nous ciblerons se concentreront sur trois aspects différents :

  • Peuplements et migrations : statut juridique et politique d’un colonisateur qui est à son tour colonisé; mobilité sociale au contact des populations autochtones et minorités ethniques ; intermédiaires migratoires et mutuels d’entraide.
  • Langues, cultures et sous-cultures : comparaison de la variation des pratiques culturelles dans le monde francophone en Amérique du Nord par rapport au monde sinophone en Asie, en Chine, mais aussi au Vietnam, au Cambodge et en Asie du Sud-Est maritime, tout en faisant référence aux métropoles culturelles.
  • Récits de migration et récits de la diaspora : référence géographique et référence historique à une terre et à un temps originels.

La première partie du projet sera consacrée à l’analyse des études existantes sur les migrations francophones en Amérique du Nord en les comparant aux études des migrations sinophones et vietnamophones en Asie.

Cette contribution abordera la plupart des chantiers en fonction de leurs échos dans la littérature secondaire des migrations en Asie. Elle touchera les transformations du continent, des pays, des régions ou des provinces au niveau de l’échelle spatiale; les questions de la nation, du genre, de la classe sociale ainsi que de l’appartenance culturelle au niveau des échelles sociales ; au niveau des échelles temporelles, de l’intergénérationnel et de longue durée.